Lundi 7 juillet 2008
    J'ai connu des rideaux de pluie à draper des cités souveraines et ultimes. Des cerceaux déchirés couronnant les chapelles de la désespérance.
    Et tourne l'onde, et tourne l'onde et tourne l'onde et tourne et reviens-moi au centuple,

    Reste / accroche / Rêche, me caresse, me saoule et me saborde.
    Dérape / s'enroule / poulie de malheur / pourrie / chaleur, me devient familier le chant des automates.

    On est plombés, mon frère, des oripeaux de plomb, j'te dis, de la tonne superflue / carcan / jour et nuit / carcan / fossoyeur / carcan / tout sourire aux dents vertes et nous consommerons, cramés par des soleils de pilules d'aparat, cernés par le fatras trop habile et tu ne pourras ployer, personne ne verra rien.

© Noir Désir
par Jeb publié dans : Littérature
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Dimanche 6 juillet 2008
Le 21 juillet 2002, Noir Désir donnait un concert unique à Montpellier, dans le cloître du couvent des Ursulines, à l'invitation de France Culture. Un long poème mélodique de Bertrand Cantat, désormais disponible aux éditions Verticales.

Nous n'avons fait que fuir
Nous cogner dans les angles
Nous n'avons fait que fuir
Et sur la longue route
Des chiens resplendissants
Deviennent nos alliés
par Jeb publié dans : Littérature
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Mercredi 2 juillet 2008

" Et ainsi, il va, ce fleuve Niger, tragique et lourd de tous ses battements, de cœurs, de rythmes, de cadences, de songes, tourné toujours vers le plus grand large, ce large océanique dont on ne devine pas l’approche ni la distance, ces mers qui semblent si peu de choses face aux bras ouverts, au corps offert des fleuves."


Ananda Devi a la chance d'arpenter notre monde et ne semble être profondément chez elle que dans tous ces ailleurs dont elle livre par ses textes les essences poétiques. À lire sur son blog, un très beau passage sur le fleuve Niger, qui ravivera la nostalgie de ceux qui, comme moi, ne cessent de porter en eux l'Afrique.


Photo : les teinturières de Bamako - Sophie Chivet / Agence Vu
par Jeb publié dans : Littérature
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Mardi 1 juillet 2008
    Je savais que mes amies étaient sur la digue mais je ne les voyais pas, tandis qu'elles passaient devant les chaînons inégaux de la mer, tout au fond de laquelle, et perchée au milieu de ses cimes bleuâtres comme une bourgade italienne, se distinguait parfois dans une éclaircie la petite ville de Rivebelle, minutieusement détaillée par le soleil. Je ne voyais pas mes amies, mais ( tandis qu'arrivaient jusqu'à mon belvédère l'appel des marchands de journaux, des "journalistes" comme les nommait Françoise, les appels des baigneurs et des enfants qui jouaient, ponctuant à la façon des cris des oiseaux de mer le bruit du flot qui doucement se brisait), je devinais leur présence, j'entendais leur rire enveloppé comme celui des Néréides dans le doux déferlement qui montait jusqu'à mes oreilles. " Nous avons regardé, me disait le soir Albertine, pour voir si vous descendriez. Mais vos volets sont restés fermés même à l'heure du concert." À dix heures en effet, il éclatait sous mes fenêtres. Entre les intervalles des instruments, si la mer était pleine, reprenait, coulé et continu, le glissement de l'eau d'une vague qui semblait envelopper les traits du violon dans ses volutes de cristal et faire jaillir son écume au-dessus des échos intermittents d'une musique sous-marine. Je m'impatientais qu'on ne fût pas encore venu me donner mes affaires pour que je puisse m'habiller. Midi sonnait, enfin arrivait Françoise. Et pendant des mois de suite, dans ce Balbec que j'avais tant désiré parce que je ne l'imaginais que battu par la tempête et perdu dans les brumes, le beau temps avait été si éclatant et si fixe que quand elle venait ouvrir la fenêtre, j'avais pu toujours, sans être trompé, m'attendre à trouver le même pan de soleil plié à l'angle du mur extérieur, et d'une couleur immuable qui était moins émouvante comme un signe de l'été qu'elle n'était morne comme celle d'un émail inerte et factice. Et tandis que Françoise ôtait les épingles des impostes, détachait les étoffes, tirait les rideaux, le jour d'été qu'elle découvrait semblait aussi mort, aussi immémorial qu'une somptueuse et millénaire momie que notre vieille servante n'eut fait que précautionneusement désemmailloter de tous ses lignes, avant de la faire apparaître, embaumée de sa robe d'or.

À l'ombre des jeunes filles en fleur, Marcel Proust

Préfailles, Loire-Atlantique, septembre 1910, FRANCE. © DR / Archives de Guy Jamin
par Jeb publié dans : Littérature
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Vendredi 20 juin 2008
    Les Années, c'est d'abord le titre d'un roman de Virginia Woolf, ce qu'Annie Ernaux n'ignore pas. Ainsi a-t-elle choisi de donner à son texte le titre d'un autre, dans lequel l'auteur retrace la vie d'une famille Londonienne, les Pargiter sur trois générations, de 1880 à 1936. Le temps, cheval de bataille de Woolf : saisir celui qui passe, celui que l'on oublie, celui que l'on éprouve dans un instant de grâce, Annie Ernaux s'y confronte, comme un écho à Woolf et à ceux qui ont cherché à saisir l'éphémère.
   
Mais il ne s'agit ni d'un roman, ni d'une autofiction : supprimant le je, Ernaux détaille l'instrospection d'une histoire individuelle à la lumière d'une histoire collective, des années d'après-guerre à la présidentielle de 2007 Ce qui frappe dans l'œuvre d'Ernaux, c'est d'abord sa cohérence. L'ensemble de ses textes ont pour matériau l'événement biographique, tiré hors du temps global de vie ; ainsi Les Années se présente comme la somme et l'aboutissement d'une réflexion littéraire et personnelle. L'écriture est concise, sans fioriture, se veut le reflet de la vie vraie, frappe juste. L'auteur, c'est "elle", tour à tour enfant, adolescente et femme mûre que l'on devine sur des photos dont la description ponctue le texte. Et, si les mots se substituent aux clichés, c'est qu'ils sont ainsi ceux que tout un chacun trouvera dans ses propres albums.
   
Autour de cette femme passent les années, évoluent les mœurs et la société française puis, en toile de fond, le monde alentour dont on prend lentement conscience. Le tour de force, dans un mode narratif qui courait le risque de déposséder émotionnellement le texte par une énumération de faits, est d'être parvenue à tirer l'anecdote individuelle vers l'universalité. Quiconque, en lisant Les Années trouvera un miroir tendu vers sa propre existence. Ainsi, les événements phares de la vie d'Annie Ernaux qui ont fait le sujet de ses textes précédents, sont-ils ramenés au même rang d'importance que la myriade d'autres indicateurs du passage du temps et des époques. Il n'est pas non plus question de nostalgie qui, déjà, reléverait de la fiction : "Elle voudrait réunir ces multiples images d'elle, séparées, désacordées, par le fil d'un récit, celui de son existence depuis sa naissance pendant la Seconde Guerre mondiale jusqu'à aujourd'hui. Une existence singulière donc mais aussi fondue dans le mouvement d'une génération."
   
Là où l'autobiographie tourne parfois au nombrilisme, Annie Ernaux évite l'écueil et écrit notre histoire à tous. De là naît l'émotion, d'avoir su capter l'éclat de la conscience : "Et nous, à l'orée de la décennie quatre-vingt, où nous atteindrions les quarante ans, dans la douceur lasse d'une tradition accomplie, parcourant les visages de la table qui à contre-jour semblaient noirs, on était saisi fugitivement par l'étrangeté de la répétition d'un rite où l'on occupait  maintenant la place du milieu entre deux générations. Un vertige de l'immuable, comme si rien n'avait bougé dans la société. Dans le brouhaha des voix, brusquement perçues comme détachées des corps, on savait que le repas de famille était un endroit où la folie pouvait survenir et on renverserait la table en hurlant".
    Puisque la vie ne se scinde pas, et que seuls les historiens décident des périodes, le texte d'Annie Ernaux est un fil, un courant, qui ne s'achève que sur l'avant-livre, l'idée de l'autobiographie impersonnelle, l'espoir du langage inconnu, et le morcellement de ces images qu'il faut à tout prix sauver. J'ai refermé le livre la gorge nouée, d'abord par la résonnance profonde du texte avec celui que je travaille et ma fascination pour le passage
du temps ; puis par la perception d'un auteur parvenu à l'unité d'une œuvre et à sa clé de voûte.

Les Années, éditions Gallimard - Collection Blanche.
par Jeb publié dans : Littérature
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Jeudi 19 juin 2008
    Retour de Paris, fatigué mais heureux. J'étais un peu intimidé par le service de presse et les auteurs qui signaient eux aussi, mais la bienveillance et l'humilité de Salim Bachi ( Le silence de Mahomet, à paraître chez Gallimard ) et de Maylis de Kerangal ( Corniche Kennedy, à paraître chez Verticales ) m'ont vite rassuré.
    J'ai eu le sentiment de rompre un lien avec le texte ; les échos des premiers lecteurs me laissent prendre conscience que le roman appartient désormais à d'autres. Reste l'attente et l'appréhension de la rentrée (la parution est prévue le 25 août 2008 ), puis l'exutoire du second roman...
    Je suis à deux doigts de finir Les Années, d'Annie Ernaux. C'est un texte extraordinaire. J'en reparlerai sans aucun doute, ainsi que des romans de Salim et de Maylis, puis de La meilleure part des hommes, de Tristan Garcia, qui signe lui aussi son premier roman chez Gallimard.
par Jeb publié dans : Littérature
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Jeudi 12 juin 2008
    Je reprends intégralement ma seconde partie. J'ai jusqu'ici travaillé sans plan, avec une chronologie familiale, mais ce n'est plus suffisant. Je fourmille d'idées, je prends des notes, je ne trouve plus le sommeil car tout me ramène sans cesse au texte. Je tergiverse. J'irai à Sète samedi, puisque c'est là que mes personnages se construisent. Je ne veux cependant pas tomber dans le "travers" de l'exactitude. Comme pour le Paris d' Une éducation libertine, la ville doit être onirique. Sans doute est-ce l'un des reproches que l'on fera au texte précédent ? Je ne me suis pas préoccupé outre mesure d'une minutie historique. Je connaissais peu Paris avant de travailler sur le roman, et lorsque je me suis penché sur les plans du XVIII° siècle et les récits, j'ai fantasmé une ville. Plus tard, j'y ai longuement déambulé, suivant parfois les pas de Gaspard. Certes, avec quelques siècles de différence, mais la confrontation au Paris de mes divagations, puis au Fleuve surtout, a été une étrange expérience.
    J'ai besoin de cette relation à Sète, et elle passe nécessairement par ce que je choisis d'ignorer d'elle. L'époque contemporaine me semble poser plus de barrières à l'imaginaire. Je ne veux pas avoir le souci de la réalité. Je pense au dernier roman de Marie Ndiaye, Mon cœur à l'étroit, et à la restituion d'un Bordeaux lynchéen. Sa perception du monde me fascine, empreinte d'onirisme au point que l'on quitte ses textes avec le sentiment d'avoir éprouvé le monde trouble du rêve.
    Aussi loin que je me souvienne, j'ai eu un rapport décalé à la réalité. Je n'ai appris à lire que très tardivement, je ne parvenais pas à me situer dans le temps (ce qui était arrivé trois jours, trois semaines ou trois mois plus tôt était pour moi irrémédiablement "hier"). Tout ce qui définissait un cadre concret au monde m'échappait. Le chiffre par exemple. J'ignorais le sens des jours, des mois, des saisons. Je surinvestissais le monde de superstisions qui, sans doute, se substituaient à ces limites concrètes auxquelles je n'entendais rien. Est-ce l'expérience de ma différence qui, d'emblée, m'a placé hors du monde ? J'ai lutté pour le réinvestir et, d'évidence, l'écriture est ma catharsis. Salvatrice.
    Nous sommes à deux mois de la confrontation, de l'instant où cette écriture, cette intimité, rencontrera ses lecteurs, l'écho ou le rejet.
par Jeb publié dans : Littérature
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Dimanche 8 juin 2008
    À l'occasion du 88° anniversaire de Gabrielle Wittkop, Nikola Delescluse nous offre deux beaux cadeaux : un inédit des Carnets d'Asie, ainsi que la lecture d'un extrait inédit et jubilatoire d' Usage de faux. Surprise, Lucien N. remet le couvert pour quelques pages exquises et se fait, le temps d'un voyage en train au cœur de l'Inde, le confesseur bienveillant d'un alter ego. Le monde est décidément petit, chère Gabrielle !

Le Nécrophile. Pages du journal de Lucien N., perdues puis retrouvées.
Gabrielle Wittkop - Lecture : Nikola Delescluse

Télécharger l'extrait

Pour lire l'extrait des Carnets d'Asie, rendez-vous sur le blog consacré à Gabrielle Wittkop. 
par Jeb publié dans : Littérature
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Mercredi 4 juin 2008
    Il est étrange, devant le roman achevé, de voir ce qu'il a engendré en deux ans ( de sensations, d'inquiétudes, d'obsessions, de vies imaginaires), ramené à des dimensions physiques : pages, angles, place sur la bibliothèque. Je l'ai tellement attendu que je l'ai fantasmé. Je n'ose pas vraiment le feuilleter, je le regarde presque avec défiance, mais j'y reviens avec excitation. Et puis il y a l'inquiétude désormais : j'ai rêvé de ma chambre d'enfant, mon père se tenait sur le seuil de porte, et me disait que le texte ne valait rien. L'appréhension des critiques se confond à l'esquisse du père de mon second manuscrit.
    J'avance dans l'écriture. Je crois tenir le mode narratif adéquat, et parvenir comme je le souhaite à décrire des scènes par le prisme des personnages. La recherche sur la conscience et la mémoire, expérimentée par Woolf, Proust, Joyce m'y aide et je me plonge encore et encore dans leurs textes. Je suis fébrile à l'idée d'avancer , mais je dois aussi garder la bonne tonalité, sans éclats : tout est sous-terrain et il faut conserver l'indolence apparente.
    Dans le dossier qui suit l'édition Folio du livre de Virginia, "Les années", je lis un extrait de son journal : "L'important, pour l'instant, est d'aller très lentement ; de s'arrêter au milieu du flot, de ne jamais forcer l'allure, de s'étendre sur le dos et de laisser se peupler le monde feutré du subconcient."
par Jeb publié dans : Littérature
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Dimanche 1 juin 2008
    Peu de films m'ont autant remué que l'adaptation du roman de Georges Bataille, Ma mère, par Christophe Honoré. J'ai lu par la suite le roman et, bien que court, je m'y suis repris à plusieurs fois, cette fois mis à mal par la forme plus que par le fond. On le sait, l'œuvre est inachevée. Le texte est incontextablement beau, sulfureux, parfois sybillin et toujours inclassable. Je me suis souvenu d'avoir en réalité connu Bataille bien plus tôt : j'avais lu Histoire de l'œil quand j'avais douze ou treize ans. Difficile d'être au-delà de l'extrême littéraire. Je n'ai connu Sade que bien plus tard (longtemps, dans mon imaginaire d'enfant, il est resté un croquemitaine, un Barbe bleue dont je ne savais rien). Alors, quelles portes Bataille a-t-il ouvertes en moi ? Pourquoi l'avais-je oublié, alors que le souvenir de ce premier texte est désormais ciselé à mon esprit ? Je regarde au hasard les rares photos de l'auteur sur l'Internet. Il y a le jeune homme aux joues pleines, aux yeux caves, au regard noir. Puis il y a ce cliché (est-ce une capture d'écran ?) du vieil homme élégant, pris à Orléans, la main sur une rampe d'escalier. J'aime cette photo. Je me plonge aujourd'hui dans l'œuvre de Bataille, avec réticence et fascination. J'ai revu le film d'Honoré : je l'ai aimé, je l'ai préféré au livre. Huppert y est au sommet de son art.



Extrait de Ma mère, Georges Bataille :

    "Nous sommes allés un peu loin, disait-elle, et si loin qu'à présent je ne puis plus te parler comme une mère. Il me faut cependant te parler comme si rien ne pouvait nous éloigner l'un de l'autre, comme si je ne devais pas te gêner. Tu es trop jeune, trop près du temps où tu priais... Je n'y puis rien. Je m'indigne moi-même de ce que j'ai fait. Mais j'ai l'habitude, et pourrais-je m'étonner d'être dépassée par ma folie ? Il me faut un courage que tu dois sentir pour m'adresser à toi si nous devions avoir la force d'endurer. Peut-être devineras-tu dans mes phrases, si tristes soient-elles, que je m'efforce d'atteindre en toi ce qu'elles atteindraient si dans un monde inconcevable une pure amitié nous liait qui ne concerne que nos excès. Cela me semble du verbiage. J'en suis révoltée mais l'impuissance et la révolte ne changent pas ce que je suis.
    Pour longtemps, pour des mois, peut-être des annes, je renonce à te voir. Il me semble à ce prix que dans cette lettre, et déjà séparée de toi par l'immense voyage entrepris, je puis te dire ce qui, si je te parlais de vive voix, ne serait pas tolérable. Toute entière, je suis celle que tu as vue. Quand une fois je t'ai parlé, je serais morte plutôt que de ne pas être à tes yeux, devant toi, ce que j'aime être. J'aime les plaisirs que tu as vus. Je les aime à tel point que tu cesserais de compter pour moi si je ne savais pas que tu les aimes aussi désespérément que moi. Mais c'est trop peu de dire que j'aime. J'étoufferais si je cessais de vivre un instant sans rendre claire la vérité qui m'habite. Le plaisir est toute ma vie. Je n'ai jamais choisi et je sais que je ne suis rien sans le plaisir en moi, que tout ce dont ma vie est l'attente ne serait pas. Ce serait l'univers sans la lumière, la tige sans la fleur, l'être sans la vie. Ce que je dis est prétentieux, mais surtout est plat auprès du trouble qui me tient, qui m'aveugle au point même que, perdue en lui, je ne vois plus, je ne sais plus rien. T'écrivant, je comprends l'impuisance des mots, mais je sais qu'à la longue, en dépit de leur impuissance, ils t'atteindront. Tu devineras quand ils t'atteindront ce qui ne cesse pas de me renverser : de me renverser les yeux blancs. Ce que les insensés disent de Dieu n'est rien auprès du cri qu'une si folle vérité me fait crier."
par Jeb publié dans : Littérature
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