J'ai connu des rideaux de pluie à draper des cités souveraines et ultimes. Des cerceaux déchirés couronnant les chapelles de la désespérance.
Et tourne l'onde, et tourne l'onde et tourne l'onde et tourne et reviens-moi au centuple,
Reste / accroche / Rêche, me caresse, me saoule et me saborde.
Dérape / s'enroule / poulie de malheur / pourrie / chaleur, me devient familier le chant des automates.
On est plombés, mon frère, des oripeaux de plomb, j'te dis, de la tonne superflue / carcan / jour et nuit / carcan / fossoyeur / carcan / tout sourire aux dents vertes et nous
consommerons, cramés par des soleils de pilules d'aparat, cernés par le fatras trop habile et tu ne pourras ployer, personne ne verra rien.
© Noir Désir
par Jeb
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Le 21 juillet 2002, Noir Désir donnait un concert unique à Montpellier, dans le cloître du couvent des Ursulines, à l'invitation de France Culture. Un long poème mélodique de Bertrand Cantat,
désormais disponible aux éditions Verticales.
Nous n'avons fait que fuir
Nous cogner dans les angles
Nous n'avons fait que fuir
Et sur la longue route
Des chiens resplendissants
Deviennent nos alliés
par Jeb
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Je savais que mes amies étaient sur la digue mais je ne les voyais pas, tandis qu'elles passaient devant les chaînons inégaux de la mer, tout au fond de laquelle, et perchée au
milieu de ses cimes bleuâtres comme une bourgade italienne, se distinguait parfois dans une éclaircie la petite ville de Rivebelle, minutieusement détaillée par le soleil. Je ne voyais pas mes
amies, mais ( tandis qu'arrivaient jusqu'à mon belvédère l'appel des marchands de journaux, des "journalistes" comme les nommait Françoise, les appels des baigneurs et des enfants qui jouaient,
ponctuant à la façon des cris des oiseaux de mer le bruit du flot qui doucement se brisait), je devinais leur présence, j'entendais leur rire enveloppé comme celui des Néréides dans le doux
déferlement qui montait jusqu'à mes oreilles. " Nous avons regardé, me disait le soir Albertine, pour voir si vous descendriez. Mais vos volets sont restés fermés même à l'heure du concert." À
dix heures en effet, il éclatait sous mes fenêtres. Entre les intervalles des instruments, si la mer était pleine, reprenait, coulé et continu, le glissement de l'eau d'une vague qui semblait
envelopper les traits du violon dans ses volutes de cristal et faire jaillir son écume au-dessus des échos intermittents d'une musique sous-marine. Je m'impatientais qu'on ne fût pas encore venu
me donner mes affaires pour que je puisse m'habiller. Midi sonnait, enfin arrivait Françoise. Et pendant des mois de suite, dans ce Balbec que j'avais tant désiré parce que je ne l'imaginais que
battu par la tempête et perdu dans les brumes, le beau temps avait été si éclatant et si fixe que quand elle venait ouvrir la fenêtre, j'avais pu toujours, sans être trompé, m'attendre à trouver
le même pan de soleil plié à l'angle du mur extérieur, et d'une couleur immuable qui était moins émouvante comme un signe de l'été qu'elle n'était morne comme celle d'un émail inerte et factice.
Et tandis que Françoise ôtait les épingles des impostes, détachait les étoffes, tirait les rideaux, le jour d'été qu'elle découvrait semblait aussi mort, aussi immémorial qu'une somptueuse et
millénaire momie que notre vieille servante n'eut fait que précautionneusement désemmailloter de tous ses lignes, avant de la faire apparaître, embaumée de sa robe d'or.
À l'ombre des jeunes filles en fleur, Marcel Proust
Préfailles, Loire-Atlantique, septembre 1910, FRANCE. © DR / Archives de Guy Jamin
par Jeb
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Retour de Paris, fatigué mais heureux. J'étais un peu intimidé par le service de presse et les auteurs qui signaient eux aussi, mais la
bienveillance et l'humilité de Salim Bachi ( Le silence de Mahomet, à paraître chez Gallimard ) et de Maylis de Kerangal ( Corniche Kennedy, à paraître chez Verticales ) m'ont
vite rassuré.
J'ai eu le sentiment de rompre un lien avec le texte ; les échos des premiers lecteurs me laissent prendre conscience que le roman appartient désormais à d'autres. Reste
l'attente et l'appréhension de la rentrée (la parution est prévue le 25 août 2008 ), puis l'exutoire du second roman...
Je suis à deux doigts de finir Les Années, d'Annie Ernaux. C'est un texte extraordinaire. J'en reparlerai sans aucun doute, ainsi que des romans de Salim et de Maylis,
puis de La meilleure part des hommes, de Tristan Garcia, qui signe lui aussi son premier roman chez Gallimard.
par Jeb
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Il est étrange, devant le roman achevé, de voir ce qu'il a engendré en deux ans ( de sensations, d'inquiétudes, d'obsessions, de vies
imaginaires), ramené à des dimensions physiques : pages, angles, place sur la bibliothèque. Je l'ai tellement attendu que je l'ai fantasmé. Je n'ose pas vraiment le feuilleter, je le regarde
presque avec défiance, mais j'y reviens avec excitation. Et puis il y a l'inquiétude désormais : j'ai rêvé de ma chambre d'enfant, mon père se tenait sur le seuil de porte, et me disait que le
texte ne valait rien. L'appréhension des critiques se confond à l'esquisse du père de mon second manuscrit.
J'avance dans l'écriture. Je crois tenir le mode narratif adéquat, et parvenir comme je le souhaite à décrire des scènes par le prisme des personnages. La recherche sur la
conscience et la mémoire, expérimentée par Woolf, Proust, Joyce m'y aide et je me plonge encore et encore dans leurs textes. Je suis fébrile à l'idée d'avancer , mais je dois aussi garder la
bonne tonalité, sans éclats : tout est sous-terrain et il faut conserver l'indolence apparente.
Dans le dossier qui suit l'édition Folio du livre de Virginia, "Les années", je lis un extrait de son journal : "L'important, pour l'instant, est d'aller très lentement ; de
s'arrêter au milieu du flot, de ne jamais forcer l'allure, de s'étendre sur le dos et de laisser se peupler le monde feutré du subconcient."
par Jeb
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