Mardi 6 mai 2008
    J'ai lu, dans la presse, les règlements de comptes entre Houellebecq et sa mère. L'étalage laisse un peu dubitatif, mais il faut avouer que la matriarche réunionaise est plus proche d'une Carmen Cru sous acide que d'une maman bienveillante. Quand un journaliste lui rapelle qu'elle traite son fils de fainéant, elle répond qu'il n'a jamais rien branlé de sa vie, "à part lui-même". C'est certes très drôle si, comme moi, on a le goût de l'humour potache, mais aussi profondément pathétique. Le personnage Houellebecq gagnerait presque en sympathie. N'y a-t-il pas quelque vérité, lorsqu'il écrit que la mère est "la faille" ? Une faille originelle, parfois malgré elle. Combien d'auteurs sont poussés de l'avant par la figure de la mère ? Comme si l'écriture rafistolait, pansait, ou cherchait à rétablir sans cesse une justice.

    Je pensais écrire sur la figure du père, et je rêve de plus en plus de ma mère. Des rêves de déchirement, de violence, d'abandon et d'errance. Pourtant, si je ne peux pas dire que mes personnages n'ont rien de mes parents, ils ne sont que personnages de fiction et, objectivement, rien ne les rapproche. J'ai plutôt la sensation que chacun est une déclinaison de moi, cinq variations irréelles et chacune, au fil des pages, livre des secrets, ouvre la porte d'autres dimensions. Quel changement le texte amorce-t-il en moi ? On ne peut sortir indemne de l'écriture, d'un roman et de personnages avec lesquels on vit durant des mois ou des années. Et cette phrase de Bataille, dans "Ma mère", sans cesse me revient : "J'ai brûlé mes vaisseaux."
par Jeb publié dans : Littérature
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