Jeudi 17 avril 2008
    Tout le monde la méprise la rue Paille. C'est là que la jeunesse du bourg se débauche. C'est là surtout que la mer déverse ses immondices, ses chats morts et ses chiens crevés. Car la rue ne suffit pas à la rage écumante de la mer.
    Une détresse cette plage elle aussi, avec ses tas d'ordures pourrissant, ses croupes furtives qui se soulagent, et le sable est noir, funèbre, on a jamais vu sable si noir, et l'écume glisse dessus en glapissant, et la mer la frappe à grands coups de boxe, ou plutôt la mer est un gros chien qui lèche et mord la plage aux jarrets, et à force de la mordre elle finira par la dévorer, bien sûr, la plage et la rue Paille avec.

    Au bout du petit matin, le vent de jadis qui s'élève, des fidélités trahies, du devoir incertain qui se dérobe et cet autre petit matin d'Europe...


Cahier d'un retour au pays natal, Aimé Césaire
par Jeb publié dans : Littérature
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