Quel auteur parlait de l'ascendance cyclique d'œuvres sur ses propres romans ? Il y a quelques temps, je titrais un article "Wittkop, noir
soleil". Aujourd'hui, la finalisation de mon roman est en cours chez mon éditeur et j'ai été contacté par une correctrice qui lisait, dans un train la ramenant à Paris, Les Rajahs
Blancs, de Gabrielle. Elle m'a parlé de son admiration pour ses œuvres, puis de ses relectures, il y a deux ans, des épreuves de Chaque jour est un arbre qui tombe, pour les
éditions Verticales. Il semble qu'Une éducation libertine soit placée sous une bonne étoile witkopienne.
Je garde les Rajahs blancs et Hemlock dans ma bibliothèque et repousse sans cesse leur lecture. Bien que mon petit doigt me dise qu'existent encore des
inédits, je sais que l'excitation de la découverte laissera place au plaisir nostalgique de la relecture. Je couve ces deux romans du regard, promesse d'un dernier voyage dans l'univers baroque
et luxuriant de Wittkop.
Un univers en enfante un autre : lorsque j'écris, un auteur devient une figure tutélaire, des chansons dessinent un contour sonore, des images éclipsent un monde au profit d'un
autre, mêlé de photos, de films, de souvenirs, de sensations. Jamais mon esprit n'est plus incisif qu'à l'instant de m'endormir, lorsque je balance entre la conscience et le sommeil. Les choses
m'apparaissent avec acuité ; ce sont souvent des réminiscences très sensorielles que j'ai le sentiment de pouvoir restituer avec fidélité. Peut-être est-ce cela, l'état d'écriture, une suspension
de la réalité, un no man's land psychique dans lequel idées et sens affluent et prennent chair, une dissolution de soi dans laquelle on convoque à loisir Woolf, Proust ou Wittkop, où le
temps est flexible et maléable, où l'on touche à la toute puissance d'un Dieu.
par Jeb
publié dans :
Littérature
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