Mercredi 3 octobre 2007
    Je marche dans Delhi nageant dans son jus, dans ses salives, dans ses humeurs : un corps, une chair, un flair, des sens et puis plus rien. Ici, je comprends à quel point les exigences du corps sont souveraines. Les hommes et les femmes et les enfants, accumulés comme le sédiment d'une marée trop longtemps retirée, le savent, eux : que la vie est simple dès lors qu'il s'agit de vivre l'instant présent et l'instant d'après sans mourir d'épuisement.
   Non, je ne savais pas, en venant ici, que je rencontrerais à la fois la musique et le goût des femmes.
    Peut-on renaître autre ? Transformation dans tous les sens, jusqu'au plus vif de soi ? Peut-être ai-je réussi à me tuer là-bas, alors que je pensais n'en avoir fait que la tentative ?
    Ombre hybride arpentant les trottoirs, je suis une femme, à la trace. Pour elle sans doute, pour elle, dont la saveur hantée me demeurera jusqu'au bout de l'incertitude, la plus grande de toutes, oui, j'oserai revenir.
    Tout est devenu simple. Vivre l'instant présent et l'instant d'après. M'appliquer à respirer chaque particule de mazout et de benzène qui écorche l'air ; former le pas prochain, prenant conscience du travail insensé des muscles et des organes et du cerveau pour l'accomplir ; tendre mes sens vers tout ce qui les assaille et les usurpe, tandis que le seul sens qui soit véritablement à moi reste inassouvi. (Le désir).
    Delhi m'assaille comme des vagues qui me suivent sans cesse, toujours brisées contre les écueils des hommes qui y naviguent. Au creux des vagues, au centre de leur violence, se situe la musique : un alaap -- ce phrasé purement mélodique qui démarre le morceau -- se déroule. Sans percussion les notes s'égrènent. J'ai appris à aimer cette lenteur.  Je n'attends pas, comme avant, que la partie rythmique commence. Non, aujourd'hui, c'est ce que j'aime le plus. La découverte d'un corps harmonieux qui, lentement, se dénude. Il se délivre de ses parures, de ses vêtements, de sa peau. Seulement là, il est prêt à être ainsi saisi et ravi. Sans l'étai du tabla, le raga, livide, liquide, ondoie comme les courbes du corps et s'effrite pour livrer au regard de longs pans de silence.
    Prendre le temps du désir. Chercher les creux, les obscurs, les infractuosités.  Déranger les lisses sonorités d'une peau à peine touchée. Troubler l'eau trouble, et la troubler encore, jusqu'à ce qu'elle ne reflète plus rien d'autre que la violence.
    Depuis que je suis ici, je vis et rêve en musique. Les mélodies me défont et me reconstruisent. Mais ce n'est pas une musique apaisante. Au contraire, elle s'obstine à fouiller les gravats de cette guerre qui a eu lieu en moi il y a longtemps et que j'ai perdue.
    Je place mon index sur le mirzab, ce petit objet de fer avec lequel on pince les cordes du sitar. Je le serre autant que je le peux. Je ne l'enlève plus. Je vis avec jusqu'à ce que le fil de fer entaille mon doigt qui saigne, guérit, puis saigne de nouveau, formant une croûte que j'enlèverai pour voir la chair nue au-dessous. Parfois, un pus rosâtre en sort. Parfois, c'est un sang noir entrelacé de caillots, comme des humeurs sorties tout droit des ténèbres mensuelles. Je ne peux pas jouer, mais je peux donner de ma personne. Donner en allant bien au-delà de la soif, dans un monde de nuits rageuses et engorgées. C'est presque aussi bon.

Indian Tango, Ananda Devi
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Lundi 1 octobre 2007
Virginia-Woolf.jpg
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Samedi 29 septembre 2007
13.jpgRéjouissez-vous, braves gens, le petit bijou posthume de Gabrielle Wittkop, "Chaque jour est un arbre qui tombe" (ed. Verticales), paraîtra en Folio le 1er décembre 2007. Sublime roman, texte vivier, œuvre maîtresse et atypique, s'il ne fallait en garder qu'un, ce serait pour moi celui-ci.

30 mars. Je constate d'après mes éphémérides qu'il y a deux mois, j'ai laissé passer sans mention la Journée des Lépreux. "On ne sait plus qu'inventer pour amuser les gens..." Mais la lèpre n'est pas amusante, elle est simplement émerveillante, une des plus extraordinaires métamorphoses de tissus à laquelle il soit donné d'assister, même compte tenu de la chatoyante putréfaction. Il est peu de surfaces aussi opulentes que la peau des lépreux. Il y en avait plusieurs là-bas ; gueulant en sourdine ou ronronnant rauquement, ils assiégaient Hawa Mahal, le Palais des Vents devant lequel les mendiants fourmillent. La peau des lépreux était d'un bleu-noir semblable à celle de Krishna, d'une nuance métallique comme l'épiderme de l'aïeule dans la hutte où gisait l'hermaphrodite. C'était, caressé de lueurs sauries, un cuir très fin, très tendu, fripé pourtant, sous des clartés grasses et argentées. Argenté aussi, le lichen du mufle, fardé d'une poudre de mite. Et toute la noire saumure de l'œil, salace entre les bouffissures, était gorgé d'une malice insigne : écrasé par le mal, le visage était celui du Mal. De ces lépreux, je revois un surtout, qu'une statue de crasse traînait en psalmodiant dans une caisse roulante et qui tirait sur la nuance glaciale de l'ardoise ou de l'acier trempé mais avec un éclat huileux. Il était lépreux de toute éternité, celui-là, lépreux déjà lorsque sifflaient les laves et que le trilobite régnait sur les mers. Il était présent dans les foisonnements, les pullulations, les gelées océaniques, tapi dans l'âme des premiers lépismes, des glomeris entre les fermentations végétales, des larves et des laitances. Il était déjà lépreux au fond des coraux et des carbones, il était lépreux dans les silures et dans la douceur des boues calcaires qui jetèrent leurs bulles pendant des âges et des âges, avant de se durcir en pierre lithographique où la ligne tracée révèle l'invisible. Ce lépreux minéral, fossile, était déjà présent avec la première colonie du bacille de Hansen, germe très fin mais spécifique, facilement détectable dans le sputum et les excrétions nasales, groupements irrégulier de corps ovoïdes formant un réseau de chaînes serrées, brusquement interrompues çà et là. Car tel est le portrait symbolique de cet être, le schéma véritable du visage bleuâtre et métallique, des sombres laques poudrées, des luisances brunes comme couvertes d'un film saponacé. Ce lépreux avait de tout temps habité un vaste royaume, il avait partagé les expositions des matelots phéniciens, des légionnaires de Pompée ou des Bagaudes errants sur les routes gauloises. Il était bien plus que la continuité historique, il était l'éternité.

Chaque jour est un arbre qui tombe, Gabrielle Wittkop.
par Jeb publié dans : Littérature
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Jeudi 27 septembre 2007
medium-gallimard.jpg    J'ai le plaisir de vous annoncer que mon premier roman paraîtra aux éditions Gallimard, dans la collection Blanche en septembre 2008. 

    Je suis particulièrement heureux de voir aboutir ce travail auquel je me suis consacré suite au Prix du Jeune Ecrivain, et  suis très honoré à l'idée que ce texte figure bientôt auprès des œuves publiées par cette grande maison qui, depuis toujours, nourrit mon admiration de lecteur et mes idéaux d'écrivain.

    Le titre original sera bientôt changé et je ne manquerai pas de vous tenir informés. Je me consacre pour l'heure aux relectures et corrections en espérant que l'illumination se cache au détour d'une ligne. J'ai donc changé le titre de ce blog, et l'adresse est désormais : http://j-b-g.over-blog.fr , la redirection se fait automatiquement depuis l'ancien lien.

    Je voudrais profiter de cette petite annonce pour remercier les gens qui m'ont encouragé à croire en ce projet, mes parents et Pascal, mon compagnon, les relecteurs (Séverine, Carole, Laurence, Emilio, Nikola, Marie Ndiaye, Laurence Viallet) pour leurs remarques attentives, Marc Sebbah et Nelly Antoine pour leurs conseils, leur soutien et leur présence toujours bienveillante, Pascale Gautier et Jean-Marie Laclavetine pour croire en ce texte.
   
   

par Jeb publié dans : Littérature
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Mardi 25 septembre 2007
    Dirai-je un jour assez combien j’admire les photographes, ces artistes qui parviennent à condenser en un cliché une émotion si entière qu’elle vous saute à la gorge et au cœur, là où il nous faut parfois user de mots pour dire l’indicible. Peut-être ai-je la sensation que l’écrivain court après une chimère tandis que le photographe saisit ce que Virginia Woolf, déesse au panthéon de mes auteurs adorés, qualifie d’illuminations fugaces, d’« allumettes craquées à l’improviste dans le noir ».
    Disgression qui m’amène à vous parler d’Eugène W. Smith, photo reporter américain, né en 1918 et mort en 1978. « Photoreporter », le terme a quelques consonances barbares qui pourraient laisser penser que l’on s’éloigne de l’Art pour tomber dans les bas-fonds du media désincarné. Parfois, cela est vrai. Mais pour Smith, nous ne sommes pas loin de l’Art, mais plongé dans ses tripes, jusqu’à chambouler les nôtres. Eugène W. Smith fut l’un des premiers photo-journaliste au monde, et l’un des plus grands. Cartier Bresson dira de lui que ses photos sont prises entre la chemise et la peau. À juste titre, l’homme colle aux corps, que ce soit sur le front du Pacifique, le champ de bataille, le franquisme et les camps, les asiles d’Haïti : aucune distance n’est tolérée, l’homme risque tout pour le sang et la sueur, le cliché qui embrassera à lui seul l’essence même de la violence humaine (l’humanité ?).
    Or, Eugene Smith était de ceux, fort peu nombreux dans cette génération qui, pour recréer le réel, avaient compris qu’ils avaient besoin d’en passer par quelques artifices d’artiste et l’assumaient en revendiquant leur subjectivité. "Le moyen le plus efficace d’être un bon journaliste, théorisait-il, c’est d’être le meilleur artiste possible." Et il mettait en scène, composait, recadrait, suresthétisait pour saisir, dans une immense tension dramatique, un geste généreux capable, au milieu du chaos, de faire resurgir l’espoir. (source : L’Humanité). On l’accuse de négativisme, on refuse de le publier. Ce n’est que tardivement que son œuvre est reconnue à sa juste valeur et un prix portant son nom verra le jour : il a aujourd’hui récompensé Stanley Greene, Jane Evelyn Atwood, Alain Keler…

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Jeudi 20 septembre 2007
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À la porte de la morgue municipale
M'a conduit le hasard de ma promenade, loin du tapage des rues,
Et la curiosité m'arrête, car voici qu'on amène le corps d'une morte, une pauvre prostituée du trottoir,
Cadavre réclamé de personne qu'on a allongé là par terre sur la brique humide,
C'est le corps d'une déesse ce corps de femme, corps qui me fascine,
Mes yeux ne peuvent se détacher de lui, naguère maison de passion et de beauté,
Je ne remarque même pas sa rigidité froide, ni le filet d'eau coulant de la borne, ni les odeurs morbides,
Seul m'impressionne le corps, cette merveilleuse maison, si délicate, si tendre - mais en ruine !
Cette immortelle maison, oh ! tellement plus qu'aucune allée entière de maisons,
Qu'aucun capitole portant la majesté de son dôme, qu'aucune cathédrale à haute flèche gracile,
Tellement plus qu'eux tous oh oui ! cette petite maison, pauvre petite maison abandonnée !
Belle ruine émouvante où habitait une âme, maison devenue âme,
Que personne ne réclame, qu'on évite - toutes tremblantes mes lèvres te donnent brièvement leur souffle, reçois-le,
Et cette larme discrète que je verse en m'en allant l'esprit rempli de toi, prends-la
Petite maison de l'amour mort, maison de la folie pécheresse en poussière effondrée,
Maison de vie jusqu'à hier qui parlait qui riait mais hélas déjà portait la mort en elle,
Depuis des mois des ans meublée d'échos - mais morte trois fois morte.

Feuilles d'herbe, Walt Whitman

By the City Dead-House, by the gate,
As idly sauntering, wending my way from the clangor,
I curious pause--for lo! an outcast form, a poor dead prostitute
brought;
Her corpse they deposit unclaim'd--it lies on the damp brick
pavement;
The divine woman, her body--I see the Body--I look on it alone,
That house once full of passion and beauty--all else I notice not;
Nor stillness so cold, nor running water from faucet, nor odors
morbific impress me;
But the house alone--that wondrous house--that delicate fair house--
that ruin!
That immortal house, more than all the rows of dwellings ever built!
Or white-domed Capitol itself, with majestic figure surmounted--or
all the old high-spired cathedrals;
That little house alone, more than them all--poor, desperate house!
Fair, fearful wreck! tenement of a Soul! itself a Soul!
Unclaim'd, avoided house! take one breath from my tremulous lips;
Take one tear, dropt aside as I go, for thought of you,
Dead house of love! house of madness and sin, crumbled! crush'd!
House of life--erewhile talking and laughing--but ah, poor house!
dead, even then;
Months, years, an echoing, garnish'd house--but dead, dead, dead.

par Jeb publié dans : Littérature
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Mercredi 19 septembre 2007
Victor-Hugo-sur-son-lit-de--copie-1.jpg
Ô cadavres, parlez ! quels sont vos assassins ?
Quelles mains ont plongé ces stylets dans vos seins ?
Toi d'abord, que je vois dans cette ombre apparaître,
Ton nom ? - Religion. - Ton meurtrier ? - Le prêtre.
- Vous, vos noms ? - Probité, Pudeur, Raison, Vertu.
- Et qui vous égorgea ? - L'Église. - Toi, qu'es-tu ?
- Je suis la Foi publique. - Et qui t'a poignardée ?
- Le Serment. - Toi, qui dors de ton sang innondée ?
- Mon nom était Justice. - Et quel est ton bourreau ?
- Le juge. - Et toi, géant sans glaive en son fourreau,
Et dont la boue était l'auréole enflammée ?
- Je m'appelle Austerlitz. - Qui t'a tué ? - L'armée.

Les contemplations, Victor Hugo
Photographie : V.Hugo sur son lit de mort par Felix Nadar
par Jeb publié dans : Littérature
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Vendredi 14 septembre 2007
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Il n'est pas rare dans cette vie qu'au moment où les favoris de la fortune passent à votre droite, malgré votre fatigue, vous attrapiez un peu de fraîche brise et vous sentiez joyeusement vos voiles se gonfler. Il sembla en aller de même avec le Péquod. Le lendemain de la rencontre avec le joyeux Jeune-Homme des baleines se montrèrent et quatre furent tuées. L'une d'elles par Achab.
C'était tard dans l'après-midi. Tous les harpons sanguinaires avaient atteint leur but. Flottant dans les beaux cieux et la mer du couchant, le soleil et la baleine mourraient tous les deux en silence. Une douceur triste, un peu mystique, monta dans l'air couleur de rose ; il semblait que venue des couvents lointains de Manille aux vallons verts et sombres, la brise de terre, devenue marine, apportait les hymnes de vêpres.
Calme de nouveau, mais d'un calme encore plus sombre, Achab assis dans sa barque désormais tranquille, écartée de la baleine, regardait attentivement les faibles et derniers mouvements du monstre. On peut observer sur tous les cachalots agonisants un étrange spectacle : ils tournent la tête vers le soleil et ils expirent ainsi. Par ce soir serein, cette agonie émerveillait Achab pour la première fois.
- Elle se tourne et se retourne vers le soleil avec quelle lenteur, mais avec quelle puissance son front l'affronte et lui rend hommage dans les derniers frissons de la mort. Elle aussi adore le feu ; elle est une esclave très fidèle du soleil. Oh ! Fasse que mes yeux bienheureux puissent voir longtemps ces bienheureux spectacles. me voilà sur le large des eaux, loin du plus petit murmure du bonheur ou de la douleur humaine. Je suis dans ces mers vierges et justes où il n'y a pas de rochers pour inscrire la loi ; où depuis les temps les plus reculés les vagues ont toujours roulé sans paroles et sans oreilles, comme les étoiles qui brillent au-dessus de la source du Niger. Ici cependant une vie s'achève, tournée vers le soleil, en acte de foi ; mais voyez ! elle est à peine éteinte que la mort fait tourbillonner le cadavre et le dirige vers d'autres emplois.
Oh, toi, sombre sauvage des Indes, qui te construis des trônes avec des épaves d'os, quelque part au cœur de ces mers sans rivages, tu n'es qu'une partie de la nature, tu ne connais pas la raison divine des choses : la reine des mers m'a dit toute la vérité dans les grands bras de mort des typhons et dans le silence de tombe où ils nous laissent. Tu n'as pas regardé la baleine se tourner et se retourner vers le soleil dans son agonie comme je le fais avec tout ce qu'elle m'apprend, ainsi.
Oh, les frissons de ces flancs puissants bardés de fer. Oh, ces jets irisés : celui qui jaillit si haut, celui qui suffoque, celui qui bave à peine au bord de l'évent. En vain, ô baleine, tu appelles l'intercession du soleil, de la vie universelle ; elle donne la vie, mais elle ne la redonne jamais.
Et toi, tu es l'autre partie de la nature, plus sombre que le sombre suvage, et les remous dans lesquels tu me balances sont les agitations d'une foi plus sombre et plus fière que l'ordinaire croyance des hommes. les innombrables enlacements de ton agonie s'enroulent autour de moi dans l'esprit de toutes les existences universelles disparues, changées en ces eaux sans bornes des océans.
Hurrah, alors ! Hurrah pour toujours, ô mer dont les balancements éternels sont le seul repos de l'oiseau sauvage. Quoique je sois né sur la terre, j'ai été nourri par les mamelles des mers, et, malgré le sein maternel des vallées et des collines, je suis le frère de lait de toutes les vagues de l'eau.

Moby Dick, Herman Melville
par Jeb publié dans : Littérature
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Dimanche 9 septembre 2007
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En 2007, le Prix du Jeune Ecrivain m'offrait la possibilité de rencontrer une équipe de bénévoles et d'auteurs qui, depuis vingt-quatre ans mène avec passion une formidable initiative locale dont le rayonnement n'a pas tardé à s'étendre au-delà des limites de la Haute-Garonne et de la jolie ville de Muret. Je vois approcher cette nouvelle remise des prix avec beaucoup de joie et un petit pincement au cœur.

Un an déjà, mais quelle année ! Riche en rencontres et événements comme j'aurai bientôt le plaisir de vous l'annoncer. Durant les deux jours à venir (11 & 12 octobre), des liens vont se nouer entre lauréats, auteurs jeunes et aguerris, les textes primés seront peaufinés, Marc Sebbah et son équipe nous ont concocté quelques conférences alléchantes ; bref, un programme chargé en émotions et qui devrait réjouir la cuvée 2008 (et moi au passage puisque je ne manquerai pas d'y participer).

Le PJE est une chance. J'ai d'abord un grand plaisir à voir que cette initiative associative et murétaine soit parvenue à s'imposer au fil des ans comme un véritable révélateur de jeunes auteurs, un prix littéraire sain et nécessaire. Je crois ensuite qu'additionné de travail et d'humilité, il permettra à celles et ceux des primés qui veulent continuer d'écrire et d'être lus d'atteindre leur objectif. Rappelons quelques nouveautés qui ne sont pas des moindres : la présence annoncée de Pascale Gautier, directrice éditoriale chez Buchet-Chastel, auteur de talent et formidable éditrice, ainsi que la perspective du Salon du Livre à l'horizon mars 2008.

N'hésitez plus, participez !

Rendez-vous donc en Octobre à Muret.


Vendredi 12 OCTOBRE 2007 20H30 Théâtre Municipal de Muret

23ème REMISE DES PRIX
DU JEUNE ECRIVAIN ET
DU JEUNE ECRIVAIN FRANCOPHONE

Onze Ecrivains présents :
Christiane Baroche, Philippe-Jean Catinchi,
Georges-Olivier Châteaureynaud, Marie Didier, David Foenkinos,
Pascale Kramer, Alain Mabanckou, Dominique Mainard, Gérard Mordillat,
Gisèle Pineau, Philippe Ségur.

Diverses rencontres avec des écrivains sont organisées en coopération avec l’Education Nationale :

Jeudi 11 octobre
14h
Salle des Conférences, Lycée Pierre d’Aragon, Muret
Rencontre et débat avec les lycéens sur le thème
Le roman, c’est la vie ?
avec Alain Mabanckou et Dominique Mainard

Vendredi 12 octobre
en matinée
Collège Louisa Paulin, Muret
Une classe de troisème rencontre Georges-Olivier Châteaureynaud
sur le thème "Comment mener l’impossible récit des camps ?"

Vendredi 12 octobre
9 h
Lycée Pierre d’Aragon, Muret
Des lycéens rencontrent les lauréats français et francophones
Prix du jeune lecteur.

Vendredi 12 OCTOBRE 2007
20h30
Théâtre Municipal de Muret
Cérémonie de Remise des Prix
Lectures d’extraits des nouvelles Lauréates
Vous m’en direz des nouvelles par

 
Cécile GUILLEMOT,Comédienne

Mémoires d’un fou de Gustave Flaubert avec Airy Routier, Musset-Chopin et Le Pianiste avec Robin Renucci au Théâtre des Bouffes du Nord.
De 2005 à 2006, elle joue Trouée dans les nuages de Chi Li avec Manuel Blanc et répète Vous dansez ?,
monologue de Marie Nimier.

 

Robin Renucci, comédien
Il a joué avec Planchon, Chéreau, Bluwal et a obtenu pour son rôle dans Le soulier de satin », mis en scène par Vitez, le Prix Gérard Philippe. César du meilleur acteur en 1985 pour Escalier C de Tacchella, il a joué dans plus de vingt films (dont Vive la sociale de Gérard Mordillat). Il vient d’achever son premier film Sempré Vivu (qui a dit que nous étions morts ?) une comédie qui a pour cadre un village corse. Depuis 1990, Robin Renucci anime avec l’ARIA, dans l’esprit du TNP, des stages et un festival d’art dramatique à Giussani.

Les membres du jury du 24ème Prix du Jeune Ecrivain - Christiane BAROCHE Grand Prix de la Nouvelle de la SGDL 1994 Présidente du Jury du Prix du Jeune Ecrivain - Georges-Olivier CHATEAUREYNAUD Bourse Goncourt de la Nouvelle 2005 Membre du Jury du Prix Théophrase Renaudot - Marie DIDIER Ecrivain et médecin - Paul FOURNEL Prix Renaudot des Lycéens 1999 - Anne-Marie GARAT Prix Fémina 1992 - Dominique MAINARD Prix Alain Fournier 2003 - Jean ROUAUD Prix Goncourt 1990 - Philippe SEGUR Prix Edmée de la Rochefoucauld 2003

Les membres du jury du 24ème Prix du Jeune Ecrivain Francophone - Gisèle PINEAU Présidente du Jury Prix Amérigo Vespucci 1998 - Alain ABSIRE Prix Fémina 1987 - Philippe-Jean CATINCHI Journaliste littéraire au Monde des Livres - Ananda DEVI Prix des Cinq Continents de la Francophonie 2006 - David FOENKINOS Prix Roger-Nimier 2004 - Pascale KRAMER Prix Lipp 2001 - Alain MABANCKOU Prix Renaudot 2006 - Léonora MIANO Prix Goncourt des Lycéens 2006
par Jeb publié dans : Littérature
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Mardi 4 septembre 2007
"Je vous ai observé dans la salle de jeu, insistai-je après avoir remarqué son hésitation. Je sais que vous avez tout perdu, et je crains que vous soyez sur le point de faire une sottise. Ce n'est pas une honte que d'accepter du secours... Allons, prenez."
Mais il repoussa ma main avec une énergie que je n'aurais pas cru possible de sa part.
"Tu es bien brave, dit-il, mais ne gaspille pas ton argent. Il n'y a plus rien à faire pour moi. Il est tout à fait indifférent que je dorme ou non cette nuit. Demain ce sera la fin de tout. Il n'y a plus rien à faire.
- Non, il faut que vous le preniez, insistai-je, demain vous penserez autrement. Maintenant entre à l'hôtel et dormez un bon coup : la nuit porte conseil, tout sera différent quand il fera jour."
Néanmoins, comme je lui tendais de nouveau l'argent, il me repoussa presque avec violence.
"Inutile, répéta-t-il d'une voix sourde, cela ne sert à rien. Il vaut mieux que la chose se passe dehors que de tâcher de sang la chambre de ces gens-là. Cent francs ne peuvent pas m'aider, ni mille non plus. Avec les quelques francs qui me resteraient, je reviendrais demain au Casino et je n'en partirais que quand j'aurais tout perdu. Pourquoi recommencer ? J'en ai assez."
Vous ne pouvez pas mesurer l'impression que faisait, au fond de mon âme, cette voix sourde; mais représentez-vous la situation; à deux pas de vous est un être humain, jeune, brillant, plein de vie, de santé, et l'on sait que, si l'on ne met pas en jeu toutes ses forces, dans deux heures cette fleur de jeunesse, qui pense, qui parle et qui respire ne sera plus qu'un cadavre. Alors je fus prise d'une sorte de colère, du désir furieux de triompher de cette résistance insensée. Je saisis son bras :
"Assez de sottise comme cela ! Vous allez entrer dans l'hôtel et prendre une chambre; demain matin je viendrai vous chercher et je vous conduirai à la gare. Il faut que vous partiez d'ici; il faut que demain même vous retourniez chez vous, et je n'aurai pas de cesse avant de vous voir moi-même muni de votre billet et monter dans le train. On ne verse pas sa vie au fossé quand on est jeune, pour avoir perdu quelques centaines ou quelques milliers de francs. C'est une lâcheté, une crise stupide de colère et d'exaspération. Demain vous me donnerez vous-même raison.
- Demain ! répéta-t-il d'un ton étrangement amer et ironique. Demain ! Si tu savais où je serai demain ! Si je le savais moi-même ! Je suis, à vrai dire, déjà un peu curieux à ce sujet. Non, rentre chez toi, ma petite, ne te donne pas de peine et ne gaspille pas ton argent."
Mais je ne cédai pas. Il y avait en moi comme une manie, comme une furie. Je saisis violemment sa main, et j'y mis de force le billet de banque.
"Prenez l'argent et entrez aussitôt !"
Et, ce disant, j'allai résolument à la sonnette et je la tirai:
"Bien, maintenant j'ai sonné, le portier va venir; vous monterez et vous vous coucherez. Demain à neuf heures je vous attendrai devant la maison et je vous conduirai aussitôt à la gare. Ne vous inquiétez pas du reste, je ferai le nécessaire pour que vous puissiez retourner chez vous. Mais à présent couchez-vous, dormez bien et ne pensez plus à rien."
À ce moment, de l'intérieur, la clé grinça dans la porte et le garçon de l'hôtel ouvrit.
"Viens !" dit-il alors brusquement, d'une voix dure, décidée, iritée.
Et je sentis autour de mon poignet l'étreinte de fer de ses doigts. Je fus saisie d'effroi... Je fus tellement effrayée, tellement paralysée, comme frappée par la foudre que je n'eus plus ma tête à moi... Je voulais me défendre, me dégager... mais ma volonté était comme neutralisée... et je... vous le comprendrez... je... j'avais honte, devant le portier, qui s'impatientait, de me débattre contre un inconnu. Et ainsi... ainsi, je me trouvais brusquement à l'intérieur de l'hôtel. Je voulais parler, dire quelque chose, mais la voix s'étouffait dans mon gosier... Sa main était posée sur mon bras, lourde, autoritaire... Sans que j'eusse conscience de ce que je faisais, je sentis obscurément qu'elle m'entraînait dans l'escalier... Une clé tourna...
Et soudain, je me retrouvai seule avec un inconnu, dans une chambre inconnue, dans un hôtel quelconque, dont aujourd'hui encore je ne sais pas le nom.


Vingt-quatre heures de la vie d'une femme, Stefan Zweig
par Jeb publié dans : Littérature
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