“La promiscuité de la chambre, l'hébétude des journées encourageaient les garçons dans la moiteur de la pièce où leurs corps avilis saturaient l'atmosphère, collaient aux vitres leurs respirations machinales, à chercher à tâtons leurs formes qu'éclairaient des bougies dessinant sous les draps des amas de peaux blafardes et assoupies.”

Une éducation libertine



En 1944, Jean Genet fait la connaissance de Nico Papatakis, propriétaire d'un cabaret de Saint-Germain-Des-Prés. Les deux hommes forment le projet d'un moyen metrage, tourné en 16 mm dont Papatakis serait le producteur et Genet, pour sa première expérience cinématographique, le scénariste, le réalisateur et le monteur. Tourné en 1950, le film devient un court de 25 minutes rapidement jugé pornographique. Lors de la première projection, à la cinémathèque Française, en 1954, "Un chant d'amour" se voit amputé des plans ouvertement sexuels.

En 1964, Nico Papatakis vend des copies du film à la Filmmaker’s Cooperative de New York, laquelle organise des projections qui se termineront par des descentes de police, ce qui vaudra d’ailleurs à Jonas Mekas, le programmateur de ces séances, quelques jours d’emprisonnement pour avoir voulu « salir l’Amérique ». En 1975, soit 25 ans après sa réalisation, Nico Papatakis décide de présenter "Un chant d’amour" à la commission du Prix à la qualité du Centre national de la cinématographie. Le film obtient une récompense de 9 millions d’anciens francs. En total désaccord, Jean Genet envoie alors une lettre à Michel Guy, le ministre de la culture de l’époque, et refuse de manière catégorique une telle récompense. Jugeant son film d’après ses propres termes comme « l’esquisse d’une esquisse », il ne veut pas le voir officiellement commercialisé et menace même Papatakis de poursuites judiciaires.

Après Un chant d’amour, Jean Genet développera de nombreux autres projets cinématographiques, il écrira par exemple quelques scénarios comme "Le Bagne" au milieu des années 50 ou "Le Bleu" de l’œil dans les années 70, sans qu’aucun ne voit finalement le jour. Jean Genet s’éteindra en 1986. "Un chant d’amour "constitue donc l’unique film de l’écrivain.

Source : Luc Lagier pour Court-circuit (le magazine), octobre 2005.
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