“La promiscuité de la chambre, l'hébétude des journées encourageaient les garçons dans la moiteur de la pièce où leurs corps avilis saturaient l'atmosphère, collaient aux vitres leurs respirations machinales, à chercher à tâtons leurs formes qu'éclairaient des bougies dessinant sous les draps des amas de peaux blafardes et assoupies.”

Une éducation libertine



La musique de Bako Dagnon est à son image : simple, vraie et généreuse. Assise sur un fauteuil tressé en nylon bleu et rouge dans la cour de sa maison du quartier de l'ancien aéroport de Bamako, elle entoure son petit monde avec un large sourire. Des enfants qui jouent, les marmites qui mitonnent, une moto chinoise, un petit transistor et un bol d'arachides complètent le décor. Dès qu'on croise son regard vif et malicieux, on comprend la générosité de sa personnalité, à peine diluée par la traduction fleurie de son ange gardien Mady Traoré. Bako Dagnon est née à N'Golobladji, un petit village de la région de Kita, non loin de la frontière guinéenne, berceau du griotisme mandingue. Héritière d'une tradition incroyable, elle apprend auprès de sa mère Djelifily Diawara des chansons qui remontent à l'Empire du Mali du treizième siècle. Après avoir été recrutée par le Ministère de la Jeunesse et de la Culture, elle participe aux trois albums enregistrés en 1977 avec le prestigieux Ensemble Instrumental du Mali. Par le biais d'un apprentissage méticuleux de l'arbre généalogique des vingt-sept ethnies maliennes, de leurs origines et de leurs histoires, elle acquiert une connaissance encyclopédique à la fois des langues, des cultures et des traditions de son pays. Elle incarne la mémoire vivante d'une culture vernaculaire où se mêlent exploits des guerriers, généalogie pluriséculaire, louanges des souverains et souvenirs d'illustres musiciens. Son sens de l'histoire et ses connaissances sont particulièrement appréciées par l'illustre Banzoumana "Vieux Lion" Sissoko, figure fondatrice de la modernité musicale malienne et le chef des griots Bakary Soumano, ami de son père, auquel elle rend un hommage émouvant sur Bounteni. Jusqu'à sa mort, Ali Farka Touré venait régulièrement la consulter sur le sens de certains mots et l'histoire de certaines chansons. En 2007, Bako Dagnon publie Titati, son premier véritable album en quarante ans de carrière, après avoir sorti cinq cassettes lors des deux décennies passées, malheureusement introuvables depuis belle lurette, même sur les étals sinueux des marchés de Bamako. Impeccablement produit, ce disque largement acoustique est respectueux la tradition dans laquelle elle a grandi et qui l'inspire. Les arrangements de François Bréant, flûtes et cordes discrètes, soulignent à merveille l'authenticité et la profondeur de son chant incantatoire. Immense cantatrice encore méconnue en dehors de son pays, Bako Dagnon rénove la riche tradition lyrique malienne grâce à une élégance naturelle inouïe. Le verbe économe et le poids d'une tradition pluriséculaire sur ses épaules, elle n'a de cesse de répéter qu' « une chanson ne se finit jamais ». On ne peut qu'opiner en écoutant en la voyant chanter ses morceaux déjà classiques sur scène. Par le biais d'un apprentissage méticuleux de l'arbre généalogique des vingt-sept ethnies maliennes, de leurs origines et de leurs histoires, elle acquiert une connaissance encyclopédique à la fois des langues, des cultures et des traditions de son pays. Elle incarne la mémoire vivante d'une culture vernaculaire où se mêlent exploits des guerriers, généalogie pluriséculaire, louanges des souverains et souvenirs d'illustres musiciens.

Florent Mazzoleni, Musiques de nuit

Le prochain album de Bako Dagnon, Sidi Ba paraîtra en novembre sous le label Discograph.


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